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Nouveau record suisse d'apnée
Histoire d’un coaching d’apnée…
… ou comment devenir le 1er Suisse à passer la limite des 8 minutes sans respirer


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Nicolas, banquier le jour, apnéiste le soir
Nicolas Guerry vient me voir début juillet 2010. Ce banquier genevois de 46 ans, grand amateur d’apnée, fut champion du monde en apnée statique en 2007. Il détenait, entre autre,  le record suisse de cette discipline avec 7minutes 34 secondes, qu’il a perdu en 2009 (un apnéiste zurichois a réalisé 7’49’’).

Nicolas est affilié à  l’unique club d’apnée de Genève (les Dauphins), sans moyens financiers, et doit négocier du temps pour l’apnée dans son agenda chargé. Il s’entraîne en piscine avec d’autres apnéistes et n’a jamais eu de coach.  Depuis sa médaille d’or en 2007, Nicolas a essuyé plusieurs échecs lors de tentative de records. Certains se sont traduits par des « black out » (perte de connaissance temporaire). Il me dit avoir de la peine à retrouver ses sensations. Il va au-delà de la limite qui lui permettrait de sortir de l’apnée au bon moment pour réaliser son protocole de sortie et ainsi valider sa performance.

Nous décidons de relever ce challenge ensemble et convenons d’un objectif : corriger son problème de  sensibilité afin de faire une apnée parfaitement réalisée. Ni médaille ni record ne sont planifiés. Nous prévoyons une première compétition, la coupe de Savoie les 25 et 26 septembre, à Aix-les-Bains. Cependant, le véritable objectif est la « European Evolution Cup » à Lignano di Sabbiadoro, une compétition internationale réunissant de nombreux champions, les 8-9-10 octobre 2010.

Nous commençons notre relation de coach-athlète en juillet. Il m’initie à une procédure complexe pour le guider durant son apnée statique. De mon côté, je débute par des séances de sophrologie afin d’augmenter sa motivation. La perspective d’un entraînement de trois mois, à savoir un régime sans graisse ni alcool, 3 séances de yoga et 3 entraînements hebdomadaires, peut créer un découragement. En juillet-août, vacances obligent, nous nous entraînons dans la piscine d’un ami, proche de Nyon. L’objectif est encore loin, nous prenons le temps pour trouver notre rythme.

Surmonter l’échec

A la rentrée, notre entraînement se fait plus structuré : une séance hebdomadaire en piscine (pour lui, deux de plus)  et une de sophrologie à mon cabinet. Nous travaillons plus profondément sur ses sensations corporelles et sur la confiance en situation de compétition. Au fur et à mesures de nos entrainements, je comprends l’importance pour lui de sentir pleinement les signes intérieurs que le corps transmet lorsque qu'il est soumis aux efforts anaérobiques.

Je lui transmets également certains principes énergétiques provenant des arts martiaux afin qu’il contrôle ses contractions. Cela semble efficace, mais pas à chaque fois. Nicolas est de plus en plus concentré sur sa compétition, bien que son emploi du temps soit surchargé. Une semaine avant la coupe de Savoie, je lui dis qu’à partir de maintenant, il n’est plus banquier, mais sportif d’élite, et qu’il doit donc vivre en permanence concentré sur ses sensations corporelles et sur l’instant présent.

nicolas6Le samedi 25 au matin nous partons pour notre premier test, la coupe de Savoie. Une seule épreuve de prévue aujourd’hui, l’apnée dynamique sans palme (plus longue distance en piscine sans respirer). Son record est de 116 mètres. Je l’accompagne à la compétition, mais n’intervient pas. Il préfère se concentrer seul en faisant du yoga. Sur la ligne de départ, je le sens en forme. Ce qui semble le cas, puisqu’il tourne aux 100 mètres avec aisance. Il fait encore une longueur de bassin, effectue un virage à 125m puis une dernière brasse et …  fait un syncope, pour lequel il reçoit un carton rouge. Il aurait fallut sortir avant 120 mètres. Encore une fois, son corps ne lui a pas communiqué sa limite. Le soir, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Nicolas est déçu, perplexe. Je lui propose de considérer cet incident comme faisant partie de l’entraînement, que nous ne sommes pas encore à notre objectif.

Objectif: le contrôle du coeur

Nous identifions aussi le problème : son cœur battait trop fort au départ, en raison du stress de la compétition et d’une préparation mal adaptée. De plus, lors de la performance, son corps n’a pas manifesté les signaux qui  déclenchent le réflexe de remonter à la surface  avant la limite. Je dois lui apporter une solution.

Le lendemain, nous commençons par l’apnée statique. L’objectif étant de faire une sortie réussie, il ne doit pas fixer la barre trop haute. Il sort à 6’59’’, réalise son protocole et remporte la 1ère place. Vient ensuite l’apnée dynamique avec  palme. Je lui propose un nouvel échauffement pour préparer son corps sans augmenter les pulsations cardiaques. D’abord une activation énergétique par des mouvements spécifiques, puis une séance de visualisation pour ralentir le cœur. Et ça marche, puisqu’il sort à 159 mètres, fait son protocole et … gagne à nouveau la 1ère place.

Au retour, avec deux médailles d'or en poche, Nicolas est plus confiant. Les deux semaines suivantes, nous travaillons sur le black out afin de transformer cet échec en réussite. Grâce à un travail mental, il nettoie son corps et son esprit de ce souvenir et programme une réussite. En parallèle, je lui enseigne comment ralentir son cœur. Grâce à un logiciel de bio-feedback, il réalise sur écran qu’il a cette capacité, ce qu’il lui ouvre de nouvelles perspectives. Nous travaillons encore ce nouvel échauffement, qui a le double avantage de chauffer le corps sans augmenter le rythme cardiaque.

Echaînement de succès

Vendredi 8 octobre, nous partons pour 700 km de route, direction l’Adriatique et l’objectif de 3 mois d’entraînement. Ce soir, Nicolas commence par l’apnée dynamique sans palme. Nous n’avons toujours pas d’autre volonté que de faire une belle performance. D’ailleurs, de nombreux champions sont attendus, ce qui place haut la barre. Je le guide durant l’échauffement et l’accompagne au bord du bassin, où nous poursuivons le travail de décontraction. Il réalise une superbe performance avec 118 mètres, son nouveau record personnel. Nicolas reprend confiance en ses perceptions et aborde le lendemain la deuxième épreuve, la dynamique avec palme, plus serein. Nous reprenons la même préparation, qui a montré son efficacité, en renforçant le travail sur le ralentissement du cœur. Deuxième succès, puisqu’il réalise la distance de 177 mètres, un nouveau record personnel et … nouveau record suisse.

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Nicolas et Denis
A ce stade de la compétition, Nicolas a réalisé 2 médailles d’argent, derrière le jeune athlète français Frédéric Sessa, la nouvelle étoile montante de l’apnée mondiale (131 m. en dynamique sans palme et 205 m. avec palme). Nicolas entrevoit la possibilité de gagner le combiné s’il fait un bien meilleur résultat en apnée statique et commence à calculer sa performance du lendemain. Je lui propose de ne pas changer d’objectif, de ne pas faire de calcul. Il y a en effet le risque de rajouter du stress s’il cherche un résultat spécifique. D’ailleurs, nous ne savons pas ce que fera le Français, il y a trop d’inconnues.

Au-delà des espérances


Dimanche matin, avant la dernière épreuve, l’apnée statique, nous faisons une longue séance de visualisation. Dans le bassin, lors de la préparation, Nicolas montre une forme étonnante : aucune contraction avant 4’40’’, alors qu’elles surviennent habituellement vers 3’50’’. Face aux juges, quelques secondes avant le départ, il se concentre sur le contrôle de son cœur. Au top officiel, il plonge son corps dans l’eau. Commencent ensuite de longues minutes. Un silence se fait dans la piscine. A 6’30’’, je lui demande s’il veut continuer. Il répond par l’affirmative. A 7 minutes, même réponse, de même à 7’30. A 7’50’’, Nicolas dépasse le record suisse, il me dit vouloir continuer. A 8 minutes, encore un signe positif. Et il sort à 8’03’’ avec un protocole parfaitement exécuté. Il ne semble pas trop affecté, il me sourit, en attendant les 30 secondes durant lesquelles il doit montrer aux juges qu’il garde tous ses moyens. Au carton blanc du juge, nous laissons exploser notre joie, Nicolas a passé la limite incroyable des 8 minutes sans respirer, c’est le premier Suisse à réaliser cet exploit (c'était le record du monde en 2005). Il gagne la médaille d’or et le nouveau record suisse d’apnée statique. Toute la piscine applaudit et salue la performance.

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Le 10 octobre 2010, Nicolas Guerry passe la limite des 8 minutes sans respirer
Deux heures plus tard, après une ballade sur la plage, nous nous rendons à la remise des prix. A l’annonce des résultats finaux, nous apprenons, cerise sur le gâteau, qu’il a également remporté la coupe d’or du combiné, sa performance exceptionnelle du matin lui ayant rapporté assez de points pour passer devant Frédéric Sessa.

Bilan du week-end: 2 médailles d'argent, une médaille d'or, la coupe d'or du combiné et ... deux nouveaux records suisses.

Nous reprenons la route direction Genève, 700 km avec le sourire et la sensation d’avoir vécu une superbe aventure. Et un excédant de bagage en or et argent.


Denis Inkei, 20 octobre 2010


L'agefi salue l'exploit
Un article dans l'Echo Magazine
La Tribune de Genève en parle
 
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