Home Base théorique Le lien corps-esprit
Une approche physiologique

La relation étroite entre le corps et l'esprit sert de base théorique à la méthode Inkei. Si la pensée occidentale s'est dirigée vers une séparation entre la matière et l'esprit depuis l'apparition de la pensée cartésienne, les approches orientales issues de la sagesse antique sont toutes basée sur cette relation corps-esprit. Pensons à la médecine chinoise, la médecine ayurvédique, le taoïsme, le bouddhisme et bien sûr les arts martiaux.

La recherche du hara (le centre énergétique du corps), l'utilisation du ki (l'énergie), la visualisation et la méditation comme outil de dépassement de soi, le pouvoir de la maîtrise de la respiration sont des techniques qui ont été développées par l'observation des lois naturelles et l'expérimentation sur soi-même. Les résultats n'étant pas quantifiables et ne pouvant être reproduit en laboratoire (chaque être humain est unique), ces méthodes ne sont pas une voie prioritaire pour la recherche scientifique.

Cependant, de récentes découvertes sur le fonctionnement du système nerveux et du cerveau amènent certains scientifiques à se rapprocher de la vision orientale du corps, pris comme un système en soi dont toutes les parties sont interdépendantes, notamment le corps et l'esprit (vision holistique de l'être humain). Une nouvelle médecine corps-esprit se développe actuellement, en marge il est vrai de la médecine traditionnelle et académique, basée sur la matière et l'intervention d'un agent extérieur (médicament).

Ces découvertes et manières de voir peuvent servir d'explication scientifique aux approches holistiques et ésotériques. Elles prouvent que le corps et l'esprit sont indissociables. Bien que notre propos ne soit pas scientifique, nous présentons certaines théories qui nous ont inspirées.

La matérialisation de la pensée

La découverte récente des neuropeptides, ces neurotransmetteurs qui véhiculent dans le sang des hormones spécifiques, est emblématique de cette différence de conception. Pour les tenants de la médecine traditionnelle, c'est un nouveau terrain de recherche pour découvrir de nouvelles molécules chimiques et fabriquer de nouveaux médicaments. Pour les partisans d'une médecine corps-esprit, les neurotransmetteurs sont la preuve matérielle de la correspondance entre la pensée et la matière (lire Le corps quantique). Selon ces derniers, si chacune de nos pensées se matérialise immédiatement dans le corps par la diffusion de neurotransmetteurs, il est donc possible d'intervenir sur son propre corps - et sa propre guérison - à travers la pensée et l'esprit. C'est sur ce point que se retrouve la médecine moderne et la pensée holistique orientale.

En 1994, Antonio Damasio, professeur de neurologie, publie « L'erreur de Descartes », dans lequel il démontre par une approche neurologique que nos émotions ont une influence directe sur nos capacités cognitives. Il explique que notre perception (ou plutôt, la perception de notre cerveau) de notre état physiologique, de notre corps (perception d'arrière plan issu de la proprioception et de l'interioception) nous influence dans notre façon de voir le monde. Selon lui, « les processus cognitifs ont véritablement partie liée avec ceux que l'on appelle généralement émotionnels ». Il donne l'exemple des marqueurs somatiques. Toutes nos émotions sont mémorisées dans notre corps. Quand nous devons prendre une décision, même si elle paraît relever d'un raisonnement logique (coûts-bénéfices), nous évaluons les conséquences futures d'un choix et en ressentons en même temps une sensation corporelle associée aux images de notre visualisation. Ainsi, de façon inconsciente, nous sommes influencés dans nos choix rationnels par une réaction physiologique positive ou négative (en fonction des neurotransmetteurs sécrétés par nos glandes endocrines, qui sont la traduction chimique de la pensée), qui va inhiber ou activer les circuits neuraux qui régulent les démarches appétives (tendances à agir).

Le professeur A. Damasio a clairement démontré l'influence de notre cerveau émotionnel sur nos capacités cognitives. Selon lui, les émotions sont indispensables à la raison. La vie psychique est le résultat d'un effort permanent de symbiose entre deux cerveaux. D'un côté, un cerveau cognitif, conscient, rationnel et tourné vers le monde extérieur (le neo-cortex et plus spécifiquement le lobe frontal). De l'autre, un cerveau émotionnel, inconscient, préoccupé de survie et connecté au corps (le cerveau limbique). Ces deux cerveaux sont relativement indépendants l'un de l'autre, et contribuent chacun de façon très diffé­rente à notre expérience de la vie et à notre compor­tement. Comme le cerveau émotionnel est connecté au corps, c'est donc à travers le corps qu'il est possible d'intervenir sur nos émotions (plus facilement que par la parole).

Quand le mouvement du corps muscle le cerveau

D'autres découvertes viennent valider l'approche du développement personnel proposé par l'ensemble des arts martiaux orientaux. Les nouvelles technologies liées à l'étude du cerveau (Imagerie à résonance magnétique) ont mis en évidence la correspondance entre le mouvement du corps et le développement des capacités cognitives. En résumé, plus on bouge et plus on développe nos capacités psychomotrices, plus on améliore le fonctionnement de notre cerveau par la création de nouvelles connexions neuronales. Les bénéfices d'une vie de mouvement ne se situent donc pas qu'au niveau corporel, mais aussi et surtout au niveau mental. La plupart des études sur les liens entre exercices physiques et intellect prouvent un effet bénéfique de l'exercie, ceci à n'importe quel âge ((l'activité physique est associée non seulement au maintien des capacités intellectuelles, mais même à une moindre apparition de la maladie d'Alzheimer).  Ces études ont montré que ce sont les fonctions qui ont à voir avec la réflexion, la décision, l'adaptation aux situations nouvelles, qui y gagnent le plus. Les arts martiaux sont exemplaires dans cette vision. Ils proposent un entraînement physique et mental favorisant un maximum de connexions neuronales entre les différentes parties du cerveau. Un exemple : travailler un mouvement du côté droit du corps et du côté gauche permet une meilleure latéralité du cerveau : les hémisphères droit et gauche sont également sollicités et donc mieux connectés. Ce qui se traduit par une harmonisation de la raison (gérée prioritairement par l'hémisphère gauche du cerveau) et l'émotion (hémisphère droit).

A l'inverse, l'activité du cerveau peut avoir une influence sur le corps. Au niveau de la conscience, on sait aujourd'hui - grâce aux IRM - que penser à un mouvement ou faire le même mouvement génère quasiment la même activité neuronale. Il est ici facile de tirer un lien avec les techniques orientales d'éveil de la conscience, comme la visualisation ou la méditation, qu'on retrouve dans le bouddhisme, le taoïsme, le yoga ou encore les arts martiaux.

Le coeur et le ventre, deux autres cerveaux


Des recherches ont montré que le système nerveux autonome faisait partie d'un système cœur-cerveau. On a découvert que l'intestin et le coeur ont leurs propres réseaux de plusieurs dizaines (ou centaines) de millions de neurones qui sont comme des « petits cerveaux ». Ces « cerveaux locaux » sont capables d'avoir leurs propres perceptions, de modifier leurs comportements en fonction de celles-ci, et même de se transformer à la suite de leurs expériences. Le coeur est aussi une petite usine à hormones, qui agissent directement sur le cerveau. La relation la plus forte entre le cœur et le cerveau est celle établie par le « système nerveux autonome », qui régule le fonctionnement de tous nos organes. L'importance du ventre et du cœur a été établie dans les spiritualités orientales et les techniques d'éveil de conscience. La centration au niveau du hara (trois doigts sous le nombril), la respiration ventrale ou la visualisation sur le cœur pour influer sur les émotions nous incitent à tirer un parallèle avec ces découvertes.

Ces recherches semblent confirmer l'approche orientale du corps et de l'esprit. Nous ne sommes plus dans une approche « cartésienne », où l'on aborde le corps séparé de l'influence de l'esprit, et l'esprit sans tenir compte du corps, mais dans un système holistique qui intègre le corps, le mental et l'esprit. A travers le système nerveux autonome, le système cœur-cerveau, les différents centres neuronaux, nous trouvons enfin l'esprit dans le corps.

 
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